La difficile interdiction des avertisseurs de radar

Le 16/05/2011

Avec la disparition annoncée des avertisseurs radar, certains voient déjà le retour de l’appel de phare ou de la CB mais sans compter sur les nouvelles technologies qui nous ont montré dans d'autres domaines à quel point il était difficile de lutter contre la circulation d'informations.

Demain, les avertisseurs radar seront certainement interdits. Le petit boitier qui sonne sur le tableau de bord sera donc oublié mais pour autant les solutions de substitution ne manquent pas.

D'abord, en ajoutant illégalement une carte de radar sur un GPS mobile. Ces cartes ne sont plus communiquées par le ministère de l'intérieur mais les communautés de certains forums sont à même de les fournir, comme c'est le cas dans les les pays où l'alerte est prohibée. En Allemagne par exemple, un fabricant de GPS l'avoue sans détour, « nous ne pouvons pas vendre d'appareils pourvus d'une carte radar, mais les utilisateurs les installent eux même en les téléchargeant sur internet ». Dans le même temps ces fabricants indiquent qu'ils peuvent aussi désactiver automatiquement les alertes, même après avoir ajouté une carte pirate, lorsque la position du GPS indique la présence dans un pays où son usage est interdit. Une sécurité qui là encore ne pèsera pas bien lourd face à la créativité des communautés d'utilisateurs et développeurs.

Et quant aux systèmes connectés qui permettent de connaître la présence des contrôles mobiles, on imagine que le smartphone pourra constituer un bon support, après déverrouilage,  pour des applications tout aussi illégales.

Un regain d'intérêt pour l'alerte radar ?

D'une certaine manière, le nouveau paquet de mesures sur la sécurité routière, pourrait aussi renforcer l'attrait pour les avertisseurs. En indiquant les radars fixes sur les routes, l'automobiliste prudent savait comment éviter les flashes. Surveiller ces panneaux et réduire sa vitesse sur les zones dégagées, l'approche de voies de service sur autoroutes ou les longues lignes droites. En dehors de ces zones, sans forcément dépasser la limitation de vitesse, il pouvait relâcher quelque peu son attention sur le tachymètre. Dès lors un avertisseur radar n'était pas indispensable pour conserver les points de son permis.

Ce sera bientôt la fin de cette tranquillité. La peur de se faire verbaliser partout, pour le moindre relâchement d'attention, va s'installer. Il n'est pas question ici de délinquance routière mais du petit excès de vitesse de quelques kilomètres heure qui aurait pu être évité avec une signalisation. Certes, il faut une limite et tout dépassement devient une infraction. C'est irréfutable. Mais la présence des panneaux de radar apportait la petite souplesse qui fait tant défaut au flash automatique et qui se retrouvait dans l'appréciation du gendarme maniant la jumelle.

Dès lors, on ne peut que supposer un regain d'intérêt pour l'avertisseur radar et l'apparition de formes pirates. Certes les barrières techniques seront plus nombreuses pour les utilisateurs mais la lutte contre le téléchargement illégal d'œuvres artistiques nous a aussi montré à quel point les moyens de contournement pouvaient être rapidement diffusés et être utilisés par le plus grand nombre.

Des barrières légales à l'interdiction ?

Deux points restent à vérifier. Le premier est le droit à la communication et l'échange d'information inscrit dans la constitution française. Nul doute que les avocats spécialisés dans le domaine ne manqueront pas de s'appuyer sur cette faille pour contrer le projet de loi ou le contourner s'il est voté. Nous creuserons d'ailleurs prochainement cette question sur Cartech. Ensuite, comme l'ont fait remarquer des lecteurs dans les commentaires, quel champ légal les forces de l'ordre auront pour fouiller dans un smartphone afin de vérifier la présence d'une application illégale ? On voit mal la demande d'une commission rogatoire à chaque contrôle.

Enfin, si ces projets mettent l'accent sur la répression systématique, il y a fort à parier que les principaux bénéficiaires seront les avocats, qui vont voir affluer une clientèle aisée prête à payer pour conserver les précieux points du permis de conduire. La faille la plus courante étant d'affirmer que l'on était pas au volant du véhicule et ne pas révéler l'identité du conducteur. Le propriétaire du véhicule se voit alors dans l'obligation de payer l'amende, mais aucun titulaire de permis de conduire ne perd de points.

Pour terminer, on peut regretter l'absence de propositions sur d'autres comportements accidentogènes : non respect des distances de sécurité (quelle que soit la vitesse), alcoolémie, non respect des règles de dépassements, de règles de roulage à droite ou de priorité. Les contrôles de vitesse par tronçon (lorsque le conducteur est prévenu) pouvaient être considérés comme un bon début, dommage que l'effort ne soit apparemment pas poursuivi dans ce sens.

Bref, comme on le voit, tout cela reste très flou.

Source : cartech.fr

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